Nov 062015
 

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Le tract qui suit a été distribué lors de la Marche Trans de Pervers/cité (la «fierté queer radicale»), dont l’itinéraire a été approuvé par le SPVM :

Au cours des deux dernières fins de semaine à Montréal, la police a mis fin à deux des plus gros partys queers de l’été (Cousins le 18 juillet et un party de financement pour Pervers/cité le 25 juillet). Dans le premier cas, un grand nombre de flics ont mené une opération contre La Vitrola, forçant les organisateur.trices à mettre fin au party et dispersant violemment les personnes présentes – plusieurs personnes ont été tabassées et arrêté.es. Dans le deuxième cas (Pervers/cité), une patrouille a gâché la fête avec succès en menaçant individuellement les personnes de contraventions. La réaction des queer du party a été lamentable, a manqué de solidarité et, selon l’opinion des auteurs de cet article, a été « non-queer » (nous expliquerons plus loin ce qu’on veut dire par là). Bien que quelques agitateur.trices se soient efforcé.es de distribuer des masques, le party a rapidement pris fin et les gens se sont éparpillés dans la nuit. Ces attaques policières sont l’une des nombreuses formes de violence envers les queers, mais c’est à celles-ci qu’il est le plus facile de riposter puisqu’elles sont des attaques contre de grands groupes de personnes. Si nous prenons action collectivement, nous pouvons résister et nous pouvons gagner. Ci-dessous se retrouvent quelques raisons expliquant pourquoi nous ne pouvons pas rester les bras croisés et laisser ces choses arriver. Nous espérons qu’elles vous encourageront à prendre un masque la prochaine fois que quelqu’un.e vous en offrira un.

Prémisse 1 : Prends ce qu’il te faut par la force.

La répression n’est rien de nouveau pour la communauté queer, mais l’héritage de notre milieu n’a jamais été et ne devrait pas devenir celui de l’inaction face à la violence étatique. Que ce soit les batailles historiques telles que l’émeute du Compton’s Cafe et les Bash Back blocks aux conférences républicaines et démocrates, ou les luttes contemporaines des Check It «gang» et des Gully Queens de Washington, DC, les individus LGBTQ+ possèdent une riche histoire d’auto-défense, d’action collective et d’antagonisme militant contre l’État et contre quiconque commet des actes de violence envers nous. Nous devrions nous sentir honoré.es et obligé.es de devoir défendre cet héritage. Mais plus encore, dans ces luttes, émeutes et défense d’espaces nous voyons que les queers acquièrent une plus grande protection, de meilleures conditions matérielles de vie et des existences plus épanouies. Sans ces luttes, nous serions encore plus vulnérables aux transgressions violentes, aurions moins/pas accès aux hormones, et n’aurions vraisemblablement pas de milieu queer où exister. Si nous ne poursuivons pas la lutte contre l’intrusion policière dans notre espace, nous perdrons le peu que nous avons.

Prémisse 2 : Être »Anti-Oppression » signifie combattre la police.

En théorie, la communauté queer de Montréal s’engage dans des politiques «anti-oppressives» et de «safer space». À cette fin, des engagements vis-à-vis la modification de notre langage, de nos comportements et de nos interactions avec les autres constituent une part importante du combat contre des systèmes d’oppression de merde tels que le sexisme, le cis-sexisme, la transphobie, la suprémacie blanche et le classisme, mais des changements de comportement personnels ne peuvent être la limite de nos positions anti-oppressives. Le gang connu sous le nom de SPVM est la pierre angulaire de l’oppression raciste, classiste, transphobe et anti-travailleur.euses du sexe dans notre ville, et maintient la paix sociale à coup de répression violente, kidnapping, meurtre et vol. Pour plusieurs queers vivant ici, la police représente une plus grande menace qu’une mauvaise utilisation de nos pronoms ou que des propos transphobes. Si vous êtes blanc.hes, cis, issu.es de la classe moyenne et/ou n’êtes pas travailleur.euses du sexe, vous avez particulièrement le devoir de garder le milieu plus sécuritaire en empêchant la police d’y entrer, en refusant de les laisser interférer dans les événements, et en interrompant activement leurs activités quotidiennes. Garder le silence face aux attaques policières renforce les arguments en faveur du pseudo-consensus entourant le rôle de la police 1, donne aux flics un plus grand sentiment de sécurité et les encourage à commettre de plus grands actes de violence contre les personnes les plus vulnérables. Avoir des politiques anti-oppression signifie d’être contre la police; ça pourrait vouloir dire de se faire mal ou d’aller en prison, mais pour beaucoup de queers, c’est déjà une réalité qu’illes attaquent la police ou pas. Si vous quittez un espace aussitôt que la police arrive, vous rendez activement cet espace plus dangereux pour d’autres personnes. Même si vous pouvez décider que c’est nécessaire pour votre propre bien-être, il est souvent bien plus sécuritaire de se serrer les coudes. Arrêter 200 à 300 festoyeur.ses est une tâche plutôt ardue pour les porcs, tandis qu’il leur est aisé d’en arrêter 20 à 30.

Prémisse 3 : Queer en tant que position dans la guerre sociale2

Le genre et la sexualité sont des forces coercitives et oppressives promulguées contre nous par la société : sans société, sans guerre sociale, nous n’aurions pas les conceptions de genre et de sexualité (ni les rôles qu’elles renforcent) que nous avons. Attaquer les notions de genre et de sexualité de la société et intenter leur transformation radicale (c’est-à-dire être queer), c’est choisir de s’engager dans un front très spécifique de la guerre sociale : c’est mettre les limites à respecter et ouvrir les hostilités envers le reste de la société. Si les queers cessaient d’établir cette limite, alors le Queer ne serait plus : le Queer ne peut exister qu’en tant que négation des genres et de la sexualité imposés. Si l’identité queer est assimilée par le projet social, alors la «queerness» deviendra simplement un autre mécanisme oppressif. Une partie du rôle de la police est de défendre et de protéger les articulations normatives du genre et de la sexualité en plus de défendre la «société» au sens large. Par la définition-même de la «queerness», nous nous devons d’entrer activement en conflit avec la police. En ne luttant pas contre elle, nous défendons les paradigmes existants du genre et de la sexualité et nous réprimons activement la «queerness».

Prémisse 4 : C’est l’fun!

Il y a mieux qu’être ivre et danser jusqu’à en avoir mal au pied : la joie intense que ressentent les personnes qui combattent la police dans la rue est une chose qu’un dealer rêverait de mettre sur le marché. Si être queer veut dire former de nouvelles sortes d’interactions et de relations sociales excitantes, étranges et significatives, alors qu’est-ce qui pourrait être plus intéressant, excitant et étrange que de démanteler activement l’État, main dans la main avec votre/vos nouvelle.s rencontre.s? Que de briser des vitres ensemble, de danser sur le toit d’une voiture de police démolie et de s’enfuir dans la nuit pour faire l’amour d’une joie criminelle. Nous ne voulons pas trop glamouriser les conflits où des ami.es se font blesser, mais lutter ensemble et gagner est l’une des expériences les plus excitantes, joyeuses et libératrices que ces auteur.es aient jamais eues. Ça serait pas l’fun, chasser les porcs hors de nos rues et transformer toute la fucking rue en party queer?

Ce communiqué a été écrit par « The Angry Trans Mob ». Nous sommes un groupe de personnes trans venant différents milieux, luttes et expériences qui considérons nécessaire l’expansion du conflit entre le milieu queer de Montréal et la police/l’État/les transphobes. Nous sommes solidaires avec toutes les personnes défendant leur communauté (qu’il s’agisse d’espaces physiques/districts/villes ou d’idées métaphysiques/identités/formations) contre la domination, les attaques, et la destruction, peu importe les armes qu’illes choisissent d’employer. Nous espérons que ce communiqué inspire des gens à prendre action.

Et rappelez-vous, les enfants!

Dead cops don’t kill!

 

Quelques éclaircissements, réflexions et réfutations

▼ Lorsqu’on parle de combattre, nous souhaitons clarifier que nous ne concevons pas la violence comme inhérente au combat (non pas que l’on s’oppose à la violence), ni nécessairement comme étant la prise d’action violente (que nous supportons). Nous concevons le combat comme étant toute non-conformité, que ce soit de rester près et solidaires pour prévenir des arrestations ciblées, ou qu’il s’agisse de jeter un cocktail molotov sur une voiture de flic. Nous ne pensons pas que tout le monde devrait être prêt à faire chacune de ces choses, mais nous croyons que chacun.e doit être prêt.e à les soutenir et les faciliter.

▼ Pour nous, l’espace ne se limite pas à un party ou un événement en particulier. L’espace s’étend de manière physique et immatérielle, suivant et gravitant autour de toute idée que les gens qualifient de queer, qu’il s’agisse d’identité personnelle ou de lieux physiques. Le milieu est un «espace», dans cette perspective nous pensons que plusieurs «espaces» peuvent occuper un même lieu. Par exemple, lorsqu’on empêche l’intrusion de la police dans un certain party, on défend à la fois le lieu et l’espace du party, mais aussi l’espace queer entant que concept, et l’espace du milieu entant que formation. Pour ces raisons, nous pensons que la défense de tout lieu queer quel qu’il soit (que ce soit cousins, le salon du livre queer, un sex party, etc.) est essentielle au maintien du concept de l’espace queer, qui agit comme filet de sécurité pour les personnes les plus ciblées par la répression. Une attaque envers un party queer est une attaque contre la «queerness». Si suffisamment de party sont réprimés, le nombre d’espaces occupés par la «queerness» s’en trouvera réduit.

▼ Nous sommes contre le discours selon lequel certaines Diasporas de gens ne peuvent s’engager dans le conflit à cause d’oppressions qu’elles vivent ou de dangers auxquels elles font face. Bien que nous supportions complètement toute personne sentant qu’elle ne peut s’engager dû à des questions de statut, de race, de classe, de genre, etc., nous croyons que les discours énonçant que «telles personnes ne peuvent faire x…» sont souvent infantilisants, faux et condescendants. Bien qu’on ne doive jamais attendre d’une personne une manière d’agir précise (à moins qu’elle le souhaite), on ne devrait pas non plus présupposer ses capacités à sa place. Partout dans le monde, des personnes dans des situation précaires luttent (souvent illégalement), et ce malgré le coût possiblement encouru. Cela équivaudrait à dire, par exemple, qu’une manifestation qui a été approuvée par la police a plus de chances de procurer un meilleur sentiment de sécurité aux gens qu’une manifestation illégale – si on ne connaît pas le vécu personnel des gens, on ne peut savoir si la collaboration entre les organisateur.trices et la police est perçue comme étant plus sécuritaire que la tenue d’une manifestation illégale. De plus, si la collaboration avec la police découle de l’improbabilité que des actes illégaux prennent place dans la manif, ou si elle prend place pour que certaines personnes s’y sentent plus en sécurité, on isole alors davantage ceux et celles dont l’illégalité est inhérente à leur vie et existence. Les hiérarchies du danger telles qu’établies par le milieu devrait constamment être sujet de débat et de contestation.

▼ Nous rejetons l’idée selon laquelle le fait d’être mâle et blanc soit inhérent à la résistance violente. Nous pensons que cette position est souvent utilisée pour délégitimer des tactiques ne correspondant pas à l’idée que certaines personnes ont de l’acceptabilité. C’est sexiste et trans-mysogine, en plus d’être historiquement erroné.

▼ Bien que nous supportions fermement l’auto-identification, nous rejetons le postmodernisme et l’idée que tout peut être appelé «queer». Nous croyons que le queer est un positionnement connecté à d’autres (à ce titre, une personne cis ne peut être trans, et une personne s’auto-identifiant trans ne peut être cis). Ainsi, la police ne peut être queer, car le rôle qu’elle incarne dans le renforcement des paradigmes existants de genre est de facto contre la queerness. [contra queerness dans le texte original].

  1. «Policing by consent» sans l’article original.
  2. La guerre sociale réfère aux conflits livrés chaque jour contre nous par le capitalisme, l’État, et la police, de même que par nos ami.es, familles, amant.es, et nous-mêmes. C’est une façon de décrire la violence des paradigmes existants dans les relations réalité/social, incluant les luttes pour les changer ou les détruire. Les positions au sein de la guerre sociale sont en changement constant du moment où les individus incarnent de manière constante, simultanée et interchangeable les rôles d’oppresseur.ses et d’opprimé.es. Les lignes de conflit se tracent à travers la réalité physique et immatérielle, et se manifestent comme un tout, du docteur qui choisi le genre d’un nouveau-né, au lancer de briques à travers la vitre d’une banque, ou au projet-même de construire le sujet «humain».